Cette réunion n'a pas été compliquée à mettre sur pied. Un coup de téléphone de chaque côté et l'affaire était quasiment réglée. L'amitié qui unit Herman Van Holsbeeck et Mehdi Bayat n'est pas neuve, ni secrète. Par contre, pour la première fois, les deux hommes vont se mettre à table pour en parler ouvertement. De nos deux convives, Herman Van Holsbeeck est le premier à rejoindre le restaurant " Michel " à Grand-Bigard, lieu familier des patrons anderlechtois où, d'ailleurs, des dorures mauves recouvrent un plafond blanc. Mehdi Bayat rencontre, lui, plus de difficultés à rejoindre notre tablée. Un rendez-vous politique dans son bastion carolo mais surtout un accident sur le ring le retarde. Mais peu importe, l'homme qui monte dans le foot belge fera l'impasse sur l'entrée mais pas sur cette discussion animée de plus d'une heure et demie.
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Cette réunion n'a pas été compliquée à mettre sur pied. Un coup de téléphone de chaque côté et l'affaire était quasiment réglée. L'amitié qui unit Herman Van Holsbeeck et Mehdi Bayat n'est pas neuve, ni secrète. Par contre, pour la première fois, les deux hommes vont se mettre à table pour en parler ouvertement. De nos deux convives, Herman Van Holsbeeck est le premier à rejoindre le restaurant " Michel " à Grand-Bigard, lieu familier des patrons anderlechtois où, d'ailleurs, des dorures mauves recouvrent un plafond blanc. Mehdi Bayat rencontre, lui, plus de difficultés à rejoindre notre tablée. Un rendez-vous politique dans son bastion carolo mais surtout un accident sur le ring le retarde. Mais peu importe, l'homme qui monte dans le foot belge fera l'impasse sur l'entrée mais pas sur cette discussion animée de plus d'une heure et demie. HERMAN VAN HOLSBEECK : J'ai le droit de dire que Mehdi et Mogi, que j'ai appris à connaître, font partie de mes amis. Je sais que ça dérange beaucoup de gens. D'ailleurs quand j'ai été à la soirée des supporters, on m'a reproché cette amitié avec la famille Bayat. VAN HOLSBEECK : Car ils ne sont pas au courant des dossiers, ils pensent que c'est Mogi qui décide de la politique du club mais Mogi ne décide de rien. Il nous aide simplement à réaliser des opérations. Je ne me cache pas et je ne cacherai jamais les amitiés que j'ai pour certaines personnes. Je m'entends par exemple très bien avec Christophe Henrotay, je ne vois pas pourquoi je dois me cacher. Et Mehdi le sait : si demain, il est en difficulté, je vais essayer de l'aider. Et inversement. Mehdi est présent à la Fédération comme à la Pro League. Il peut très bien reconnaître le très bon boulot de Bart Verhaeghe, ça ne change rien au fait qu'on est amis. VAN HOLSBEECK : Si aujourd'hui on me demande qui je vois pour occuper la fonction qu'un jour je devrai quitter, eh bien je n'ai pas 45 candidats. Qui sont ceux qui ont le potentiel, qui ont prouvé leur qualité ? Il y a Michel Louwagie mais qui a mon âge, il y a Vincent Mannaert mais qui est à Bruges, et que j'avais d'ailleurs conseillé il y a quinze ans, et puis tu arrives chez Mehdi qui a l'avantage de l'âge, et qui est occupé à faire son chemin et qui a le potentiel pour occuper une telle fonction. VAN HOLSBEECK : Premièrement, il n'est pas belge, il a une culture étrangère qui est celle d'un rassembleur et non d'un dictateur. À La Pro League, beaucoup sont là pour défendre leurs intérêts personnels alors que lui comme Roger (Vanden Stock, ndlr) pensent à l'intérêt général. Je pense d'ailleurs que le football belge manque de gens de cette trempe-là. Beaucoup ne pensent encore qu'au résultat immédiat, et prennent des décisions en fonction d'où souffle le vent. Je me rappelle avoir pris l'avion avec Mehdi, il y a quelques années, je ne le connaissais pas, il était alors directeur commercial à Charleroi, il avait cette réputation de play-boy et aujourd'hui quand je vois où il est arrivé... Mehdi a ses idées, il sait où il veut aller, mais il est là aussi pour trouver des accords. Il réussit à réunir des personnes opposées. C'est un conciliateur. Ce qu'il arrive à faire avec le monde politique de Charleroi, par exemple... D'ailleurs, c'est pour ça que je ne lui en veux pas d'être en retard. Ce n'est pas donné à tout le monde, et excessivement important. Car si un jour Charleroi veut bénéficier d'un nouveau stade, ça passe par là. Quand tu regardes ce que Charleroi est devenu aujourd'hui, c'est-à-dire un club de poids de notre football, on ne peut que le féliciter. VAN HOLSBEECK : C'est difficile car il est totalement pris par son Sporting de Charleroi. Si vous me demandez ce que je pense de Mehdi Bayat, je vous réponds qu'il a énormément de qualités. Mais si on me demande de penser à mon successeur, je vous réponds que ce n'est pas à l'ordre du jour. Et mon but n'est certainement pas de le mettre dans une position difficile à Charleroi. MEHDI BAYAT : Évidemment que je suis flatté par ce que dit Herman, d'autant que ça émane du dirigeant du premier club de Belgique. Car si aujourd'hui, il y a deux clubs qui sont au-dessus du lot, Bruges et Anderlecht, historiquement Anderlecht reste le numéro un. De la même manière, quand je dis qu'on est actuellement le premier club wallon, ce n'est pas une attaque envers le Standard. Évidemment que je reconnais que le Standard est un plus grand club historiquement que le Sporting de Charleroi. BAYAT : Aujourd'hui, je suis engagé au Sporting de Charleroi, je suis devenu un Carolo d'adoption, et le défenseur de mon club et de ma ville. Je suis non seulement dirigeant mais actionnaire du Sporting de Charleroi, je ne peux pas donc dire demain : - Eh bien voilà, je gagne plus à Anderlecht, je vais à Anderlecht.BAYAT : Premièrement, je suis encore très jeune, ça me laisse donc du temps devant moi. Mais je pense surtout que la ville de Charleroi a le potentiel pour devenir un vrai grand club. Mais c'est un travail de longue haleine. Ma volonté a toujours été que ce club dépende du travail de son personnel et non d'une personne qui vient injecter de l'argent et dont tu es dépendant. Quelle serait ma crédibilité si aujourd'hui, je disais que j'ai de l'ambition d'aller ailleurs ? Aujourd'hui, j'ai l'ambition de faire de mon club un grand club en Belgique. Même si la facilité serait peut-être de dire : j'abandonne mon club et je rejoins un projet où tout est là. BAYAT : Si j'étais resté seulement le gars au look de play-boy aux beaux yeux, ça ne m'aurait pas permis d'arriver là où je suis. Je crois avoir appris mon métier en travaillant. J'ai occupé, mis à part jardinier, toutes les fonctions que l'on pouvait occuper dans un club. Sur la fin surtout car quand mon oncle a commencé à péter un câble, et qu'il a liquidé tout le monde, j'étais devenu le dernier des Mohicans, celui qu'il ne pouvait pas virer car il fallait bien quelqu'un pour faire tourner la boutique. L'apprentissage à la dure de mon métier me donne encore plus de respect pour ce qu'Herman a accompli non pas sur deux ans, trois ans, mais sur 20 ans. Et surtout sur les 14 dernières années à Anderlecht. Car si moi j'essaie d'être chaque année proche du top 6, lui doit être champion. Et s'il est deuxième ou troisième, c'est la crise. Cette année encore, il a dû faire face à la pression des supporters, des médias, pour finalement terminer champion de la phase classique mais sans avoir riposté. Je ne l'ai à aucun moment entendu émettre des critiques faciles envers qui que ce soit. Les personnes qui ont cette faculté de rester au-dessus de tout ça, pendant aussi longtemps, il y en a très peu. À 38 ans, je me dis parfois au réveil, je ne tiendrai pas encore dix ans. Si demain Herman me dit : -Ne touche pas cette fleur parce qu'elle pique, je ne vais pas prendre le risque, car Herman est quelqu'un pour qui j'ai du respect et de qui j'apprends. Et si aujourd'hui, j'ai réussi à sortir Charleroi du néant, car en septembre 2012 on était à moins zéro, sans supporter, sans résultat, je pense que c'est aussi parce que j'ai appris de gens compétents. BAYAT : Quand j'ai vendu sur le même mercato hivernal, Danijel Milicevic, Onur Kaya puis David Pollet, je me suis retrouvé dans une situation où j'ai eu toute la ville sur le dos. Mais ce que j'ai fait à ce moment-là, c'est d'aller défendre mon projet 3-6-9, auprès des clubs de supporters avec mon bâton de pèlerin. J'ai dû passer par là car j'avais encore beaucoup de choses à prouver. Je trouve par contre injustes les critiques qui s'abattent sur Herman alors que son bilan à Anderlecht est incroyable. Je ne sais pas si un dirigeant belge pourra encore revendiquer un palmarès pareil un jour. BAYAT : Sur les quatorze dernières années, et ce n'est pas moi qui le dis, les chiffres parlent pour Anderlecht. Mais effectivement Bruges, depuis l'arrivée de Bart Verhaeghe, se construit une position qui lui permet de concurrencer Anderlecht. Mais je trouve ridicule cette histoire de nouvel homme fort du foot belge. Je me dis aussi qu'on vit dans une société où la presse aime alimenter ce genre d'histoires, car ça fait vendre. Moi je ne vois pas de prise de pouvoir de qui que ce soit. Bart Verhaeghe, c'est le patron de la Fédération mais si on veut pousser la logique jusqu'au bout, le patron du foot professionnel c'est Roger Vanden Stock. Au final, ce sont des discussions de bistrot. BAYAT : De me dire que si le foot belge va mieux, ça aura des incidences positives pour tout le monde, et donc pour le Sporting de Charleroi. Quand on regarde l'impact des Diables rouges, c'est profitable pour qui ? Quand on voit que tous les clubs anglais s'excitent pour nos joueurs, c'est profitable pour qui ? Eh bien, pour tous les clubs belges. Si Herman vend demain un Youri Tielemans, ça va lui permettre de rentrer de l'argent et de faire grandir son centre de formation mais aussi d'aller chercher par exemple un joueur comme Sofiane Hanni à Malines, ce qui permet de réinjecter de l'argent dans le circuit belge. Si demain, on arrive à faire en sorte que le marché asiatique arrive à s'intéresser à la qualité de notre football, c'est évidemment bénéfique pour tout le monde. À nous d'arriver à présenter une compétition agréable à regarder pour la vendre à l'étranger et faire en sorte que nos droits télés augmentent. Ce n'est pas notre marché de 11 millions d'habitants qui va nous permettre d'augmenter nos droits télés, restons logiques. VAN HOLSBEECK : Mehdi est occupé à changer les mentalités. Avant, les néerlandophones avaient tendance à s'unir avec les néerlandophones. Il est occupé à convaincre les Flamands que si aujourd'hui, il faut le suivre sur un dossier, ils vont finir par se dire que finalement c'est lui le plus compétent. Il y a dix ans, c'était impensable, il n'avait aucune chance d'être à cette position. On privilégiait l'intérêt d'une région, c'était davantage une guerre de clochers. Les mentalités ont heureusement changé. BAYAT : Il serait quand même temps que j'apprenne le néerlandais (il rit). BAYAT : Évidemment, il y aura toujours des gens qui se méfieront de moi, mais c'est un peu old school de penser comme ça. Ce sont encore des gens qui s'imaginent des complots, des luttes de pouvoir. Mais je suis heureusement bien entouré. Quand on me dit que Bart Verhaeghe est le nouvel homme fort du foot belge, je le répète, je ne suis pas d'accord. Par contre, c'est quelqu'un qui essaie de faire grandir le foot belge. Et Roger (Vanden Stock) n'est pas non plus le dernier des abrutis. S'il n'avait pas été président de la Pro League, on n'aurait pas pu faire tout ce qu'on a fait car c'est quelqu'un de juste, qui a acquis cette crédibilité sur le long terme. Tout le monde sait que Roger, c'est pas un enfoiré (sic). VAN HOLSBEECK : Avant, la réflexion du papa (Constant Vanden Stock, ndlr) et de Mister Michel (Verschueren, ndlr), c'était davantage : tout pour moi et rien pour les autres. Roger a l'esprit beaucoup plus ouvert. Sa réflexion c'est de se dire : plus le produit foot belge est top, plus notre club doit être top. BAYAT : Je n'ai aucun complexe d'infériorité par rapport à personne. Et, je le répète : historiquement, le Standard est un plus grand club que Charleroi. Mais aujourd'hui, je suis dans une période où je suis en train d'écrire l'histoire de mon club et on verra où ça nous mènera. Quand on nous dit qu'il manque encore d'assistance à Charleroi, c'est normal, un club de foot, c'est aussi une question d'héritage. Anderlecht bénéficie d'un héritage transmis de génération en génération qui est énorme. Je suis quand même le seul club qui a 115 ans d'histoire et qui n'a jamais rien gagné en Belgique. Mais je me dis, justement, que je serai peut-être le premier dirigeant carolo à gagner quelque chose en Belgique. VAN HOLSBEECK : Je pense qu'au niveau des infrastructures, on a un retard énorme à rattraper. Je me rends compte que si aujourd'hui, on avait un stade de 60.000 personnes, il serait plein face à Manchester United. Et si demain, on dispose d'un stade de 40-45.000, je suis certain qu'on va le remplir, même chose à Bruges. Je suis certain qu'au Sporting de Charleroi, si les résultats sont bons sur plusieurs années, tu peux remplir un stade de 20-25.000. BAYAT : Il existe plusieurs catégories. Il y a l'ancien joueur qui se dit expert et qui, s'il devient entraîneur, se considère comme l'encyclopédie du foot. Et puis il y a ceux qui bossent dans le foot, les agents, les dirigeants, etc. Mais c'est quoi être connaisseur ? VAN HOLSBEECK : Weiler connaît mieux le foot que moi mais mon métier c'est de sentir les coups et pour cela il faut être bien entouré. Le scouting vient avec un joueur, le staff vient avec un autre joueur, tu as donc plusieurs dossiers sur la table. Un bon dirigeant, c'est celui qui tranche et qui opte pour le meilleur dossier. Aujourd'hui, la plus grande difficulté pour un dirigeant, c'est de reconstruire continuellement. Car si on est champion, je sais que je risque de perdre cinq top joueurs. Et je dois être prêt à les remplacer car je ne me fais pas d'illusion, la période d'accalmie quand t'es champion, elle dure deux mois. C'est ça la vie de dirigeant à haut niveau. PAR THOMAS BRICMONT ET GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Mehdi a le potentiel pour occuper ma fonction. " - HERMAN VAN HOLSBEECK " Je ne sais pas si un dirigeant belge pourra encore revendiquer un jour le palmarès d'Herman. " - MEHDI BAYAT